M. l’Abbé Paul Verhaeghe – Homélie de M. l’Abbé Jean-Marie Boudart

Homélie pour le Passage de Paul de la Fraternité du Bienheureux Frère Charles. En Matthieu 25, 31-40.

La mort, c’est le moment où l’Amour devient Tout pour celles et ceux qui dans leur vie, auront voulu qu’il soit l’essentiel. C’est la vie de Paul. Paul notre ami prêtre, que j’aimais comme un Frère, était habité par cet éloge absolu de l’amour solidaire, lui le priant, le mystique«béni de Dieu» Viens le Béni de mon Père.

Pour Paul, ce passage de l’évangile était le plus important qui a fondé sa vie, « ce que tu as fait au plus Petit, c’est à Moi que tu l’as fait », a dit Jésus.

C’est vrai qu’au cours des siècles, les chrétiens ont vu dans ce dialogue fascinant: la meilleure récapitulation de l’évangile. C’ est le dernier enseignement de Matthieu au chapitre 25, avant la Passion. Dans les cultures traditionnelles, c’est normal qu’il y ait le mélange des moutons et des chèvres. En Orient et en Afrique, on les voit ensemble !  Pour la nuit il faut les séparer : les moutons protégés par leur laine peuvent dormir dehors. Les chèvres doivent rester à l’intérieur. Cet acte du berger de séparer les unes des autres est tout à fait quotidien. Bien sûr, entre les moutons et les chèvres, il y a un tas de différences : les chèvres sont indépendantes, très indisciplinées, les moutons, par contre sont dociles. Ils restent en troupeau.

Paul  était un homme d’accueil et de bonté aimant très fort Jésus le Christ Ressuscité, le Bon Berger, avec en même temps un grand souci des pauvres et des exclus de notre société.

Cet évangile est une évocation du Jugement dernier de tous les peuples.

« Quand viendra Le Fils de l’Homme » Jésus aimait cette expression. Jésus était fier d’être l’un de nous. Il a voulu vivre son identité de Fils de Dieu dans son humanité.

Toute la scène de ce passage consiste en un dialogue entre le Juge: Jésus ressuscité et deux groupes de personnes : celles et ceux qui ont soulagé  la souffrance des plus démunis et ceux qui, de leur vivant, ont refusé de les aider. Tous et toutes, hommes et femmes sans exception, seront jugés sur le même critère. Ce qui donne à la vie sa valeur impérissable, ce n’est pas la condition sociale, ni le talent personnel ou le succès obtenu, l’essentiel de l’évangile, c’est l‘Amour pratique et solidaire envers celles et ceux qui ont besoin d’aide. Le plus petit, ce sont celles et ceux qui portent sur eux le visage du Christ souffrant. Jésus, le Berger, déclare : « bénis de mon père parce que vous l’avez fait ».

L’évangile est concret et humain et le disciple de Jésus est reconnu par l’étranger qu’il accueille, le malade qu’il soigne, le prisonnier qu’il visite et ce sont des réalités matérielles qui sont proposées : la nourriture, la boisson, le vêtement. Tout en disant aussi que le monde a besoin de vérité et d’Espérance.

Nous connaissons une crise mondiale. La pauvreté qui s’accroît gravement chez nous.  Et la proposition d’austérité des politiques, exigée aux peuples pour rembourser les banques….C’est aberrant ! Dans cette situation, nous avons l’espoir d’en sortir. Mais quand une épreuve fait basculer notre vie, à ce moment tragique de notre existence, c’est d’Espérance qu’il s’agit. Quelle est notre Espérance ?

Dans cet extrait de Matthieu, ce qui nous accroche, c’est la surprise : «C’est à Toi, Seigneur, que nous l’avons fait? » Le Bien que l’on a fait ou que l’on a pas fait; le mal qu’on a fait, c’est au Seigneur qu’on l’a fait. Dieu est tellement présent à chacune et chacun, que quoique nous fassions, c’est Lui que nous atteignons. En chaque être humain que nous accueillons ou rejetons, c’est Dieu Lui-même qui est accueilli ou rejeté, quand nous blessons quelqu’un, c’est Dieu qui est blessé.

Paul à la Fraternité du Bienheureux Frère Charles de Foucauld , exprimait une inquiétude : Comment faire découvrir Dieu?  Il faisait régulièrement des séjours dans des abbayes, il avait été taraudé par cette Parole de Charles de Foucauld qui déclarait : « une fois que j’ai cru en Dieu, j’ai découvert que je ne pouvais plus vivre que pour lui. »  En centrant ma vie pour Dieu, je trouve la paix dans ma vie. Il faut marcher, disait Paul, et il ajoutait: Le mystère de Dieu se manifeste dans la personne humaine. Nous devons aller voir les gens, être présents là, voir la vie.  Nous devons aimer d’avantage les gens et nous ouvrir à tous.

En choisissant ce passage du chapitre 25 de Matthieu, je trouvais important de ne pas insérer la suite de cet évangile le passage où le Bon Berger devient juge. Il est sévère: il condamne, punit, mène en enfer. Des exégètes regrettent que Matthieu ne soit pas débarrassé des traditions apocalyptiques juives. C’est typiquement hébraïque ce dualisme. Il faut savoir que cet évangile est mis en forme, juste après la chute de Jérusalem, en 70, et il y a traumatisme dans les communautés chrétiennes nouvelles.

Paul a vécu cette rencontre avec Jésus Ressuscité et il a vu sa vie en pleine lumière .

Il y a des surprises. Ces grandes bonnes actions que nous aurons faites, si pleine d’ambiguïté, qu’aux yeux de Dieu, elles ne valent rien grand chose. Ces péchés que nous avons cru être les plus graves, nous découvrirons peut-être que nous étions plus victimes que pécheurs conscients.  Autre surprise dans le tissu de notre vie, les quelques perles que nous ne connaissions même pas, quelques actes de pure générosité que nous aurons fait sans y songer: ces choses là ont du prix aux yeux de Dieu.

Dans un livre Maurice Bellet, déclare: « Les choses les plus simples de la vie auront un prix infini.»

Ce surprenant message fait que nous tournions notre regard vers les souffrants. Il n’y a pas de vraie religion, pas de politique de progrès, pas de proclamation responsable des Droits humains sinon celles qui passent par la défense des plus démunis, par le soulagement de leur souffrance et la restaurations de leur dignité.

Revenant d’un séjour à Orval, Paul déclarait à la révision de vie : Dieu est bon et humain. Dieu, c’est quand tu es bon.

C’est à Dieu que nous faisons tout ce que nous faisons aux autres. Cela englobe notre vie personnelle mais aussi familiale, professionnelle, sociale et politique. En chaque personne qui souffre, Jésus vient à notre rencontre, il nous regarde, nous interroge, nous supplie. Rien ne nous rapproche davantage de Jésus que d’apprendre à regarder avec soin et compassion le visage de celles et ceux qui souffrent. Nulle part ailleurs nous ne pouvons reconnaître dans sa plus grande vérité, le visage de Jésus.

Paul aimait le pape François. Il déclarait: L’église doit témoigner le Christ avec toujours plus de transparence. La Puissance de l’église, ce n’est pas le bon chemin. Elle doit s’ajuster à l’évangile.  Mettre notre Foi en valeur et la rayonner en étant humbles, ça a un impact sur les gens.

Il y a quatre ans, revenant de la Palestine, où j’ai découvert la douleur de ce peuple à cause des extrémistes colons et sionistes d’Israël, nous avons découvert  en Fraternité, que Dieu n’est pas là pour un peuple mais pour toute l’humanité. Voilà ce que nous disait Paul. « Nous sommes catholiques, c’est-à-dire universels. Quelque chose de l’évangile se révèle dans une rencontre avec, un athée, un non chrétien, un musulman, avec quelqu’un d’humain.»

Mes Frères et mes Sœurs, Paul m’a évangélisé, il a déclaré ceci avec émotion, et je vous le partage: «Dieu n’est jamais plus Dieu que dans l’humain».

Je vous remercie.

Frameries, le 5 mai 2018

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